Cancer de la peau

La douce Elia accepte de revenir avec nous sur le passage le plus marquant de sa vie.

À 16 ans, sa mère lui fait remarquer qu’un grain de beauté sur sa jambe semble avoir grossi, mais ça ne semblait pas vraiment alarmant.

À 20 ans, ses cousines lui disent que son grain de beauté est inquiétant, «J’avais peur, au fond, je ne voulais pas savoir ; J’ai tout de même été chez un dermatologue à Bastia, qui m’a dit qu’il serait bien de l’enlever, mais que ça n’était pas urgent. Du coup, je ne me suis pas inquiétée plus que ça. »

Elia photographié par Marinella De Castro pour Strong Women

C’est 1 an plus tard, le 15 juillet 2018, en faisant du Jet Ski, qu’Elia se fait mal là où se trouve le grain de beauté en question. S’en suivent de grosses douleurs qui durent plusieurs jours.

Fin août elle se rend chez le dermatologue qui se trouve à Porto-Vecchio, inquiet il l’envoie sur Bastia. Lors du rendez-vous pré-opératoire le chirurgien dit que ça ne lui plaît pas.

Elia est opérée le 19 septembre. « J’ai entendu : « Voilà on a la jeune pour la tumeur » en arrivant.

On ne m’a absolument jamais parlé de tumeur, pour moi j’allais rentrer rapidement chez moi. On ne m’expliquait rien. Je me suis endormie en pleurant, dans la peur. Au réveil je n’avais jamais eu si mal de ma vie.

On ne m’en a pas dit plus ce jour-là, je suis sortie en ambulatoire. Les jours qui ont suivi ont été très difficiles, j’étais sous calmants et je ne tenais pas en cours. »

C’est 3 semaines plus tard qu’Elia reçoit un appel pour lui annoncer que les analyses ne sont pas bonnes.

« On me dit que je dois aller sur le continent, on m’annonce ça comme si ce n’était pas grave. »

Sans aucune autre explication on avait transféré son dossier à Lyon et cela sans lui demander son avis.

Finalement c’est à la Timone à Marseille qu’Elia sera suivi. Le premier rendez-vous là-bas se fera pendant les vacances de la Toussaint.

Je ne comprenais pas dans quoi on m’embarquait. Heureusement le chirurgien était une perle, il m’a tout expliqué. Il faut tout enlever (gratter) sur la jambe, jusqu’à ce que les résultats reviennent négatifs.

Le 29 novembre elle se fait opérer.

En faisant des prélèvements sur le ganglion Santinnel, les résultats sont revenus positifs.

Et le scanner a révélé que j’avais des nodules sur le poumon et la rate. J’étais en fait à un stade 3C sur 4. Ce qui est énorme. J’ai réalisé que ce tour de jet ski où je me suis fait mal m’a sauvé la vie.

J’ai eu une greffe de peau, qu’ils ont prise sur mon crâne, afin de la greffer sur ma jambe. C’est quand on m’a rasé des oreilles jusqu’à la nuque que j’ai réalisé que j’étais vraiment malade. J’étais dans un autre monde. C’était irréel. La greffe a été un échec.

La troisième opération a eu lieu le 19 décembre.

J’étais si triste. Moi je voulais juste retourner en cours, faire Noël près de mes proches, retrouver une vie normale. Du jour au lendemain tout avait basculé. 

Toute ma famille est venue à Marseille pour fêter Noël. C’était le plus beau.

Tout le monde se rendait compte de la valeur de la vie, et toute la famille était là. 

Heureusement, lorsque j’étais à Marseille je me trouvais la majorité du temps chez ma cousine, infirmière en réanimation à Aix-en-Provence. Les médecins avaient accepté que j’y reste.

Après tous les examens, on m’a proposé un traitement, un essai clinique américain très prometteur. Il ne fallait aucun antécédent pour avoir ce traitement.

Seulement voilà, ils avaient peu de recul sur le traitement ; par exemple en ce qui concerne la fertilité. On a donc congelé mes ovocytes au cas où. J’avoue que ça a été étrange de devoir penser à ça pour moi.

J’avais l’impression d’être un rat de laboratoire, un numéro avec un âge.

Je me disais que ça ne s’arrêterait jamais, que chaque jour était pire que la veille.

3 semaines après le traitement, j’avais de la fièvre, je me sentais terriblement mal, la cicatrice de ma jambe s’infectait, il n’y avait rien à faire pour qu’elle cicatrise.

En mars 2019, j’ai demandé à rentrer chez moi, je n’en pouvais plus.

Ils m’ont autorisé à rentrer, à condition d’avoir une très bonne infirmière qui viendrait chaque jour à domicile. J’ai trouvé une merveilleuse infirmière. 

À Pâques, ça s’est aggravé, ma cicatrice n’était vraiment pas belle. 

Mon infirmière m’a beaucoup aidé, on m’a conseillé d’apprendre à regarder ma cicatrice, à l’accepter. J’évitais de la regarder, je ne le faisais jamais.

Croyez-le ou non, quand j’ai enfin accepté ça a cicatrisé. Notre tête décide de tout.

J’ai également fait de la kiné 4 fois par semaine pour ma cicatrice.

La fin du traitement a été en janvier 2020. Depuis le mois de juin, j’ai mal à l’estomac. Surement un effet indésirable du traitement. Je dois passer des examens.

Tous les 3 mois, je dois passer un scanner. Le nodule au poumon est parti, sur la rate il ne reste qu’un kyste.

Elia avait 20 ans quand tout cela a commencé, c’est à 24 ans qu’elle a terminé son traitement.

Cet été j’ai voulu travailler, la douleur à la jambe était vraiment difficile à supporter.

J’ai eu une infection suite à une simple piqure de moustique. J’ai dû passer 10 jours à la Timone, je me suis dit que je ne serais jamais tranquille. Mais je fais tout pour aller de l’avant.

Avec ce témoignage j’aimerais que les gens se rendent compte que ça n’arrive pas qu’aux autres, et aussi aux jeunes. Faites attention à vos grains de beauté, cela peut éviter des drames qui pourraient être évités facilement. Faites très attention à votre exposition au soleil. Il y a très peu de prévention au sujet du cancer de la peau, cela me désole.

Ça a bouleversé ma vie. Je pense que j’ai pris une toute autre trajectoire. Tout est remis en question ; je me suis rendu compte que je n’étais pas vraiment heureuse avant.

J’ai tout changé. J’ai pu me rendre compte de choses que je n’aurais réalisé que dans plusieurs années, ou peut-être même jamais. Ça m’a fait grandir.

Je faisais des études pour devenir institutrice, aujourd’hui je fais un BTS esthétique pour ensuite suivre une formation en socio-esthétique (C’est un accompagnement corporel de la douleur par l’écoute et le toucher pour un mieux-être. Aider l’autre à reconstituer l’image et l’estime de soi, la dignité que l’on perd pendant une période compliquée (maladie, dépression sévère, gros soucis financiers…)

J’ai toujours essayé de prendre soin de moi pendant cette épreuve, c’est important ; j’ai envie d’aider d’autres femmes qui passeraient par là, à s’aimer, à garder une belle image d’elles-mêmes. C’est vraiment ce que je souhaite.

Ça a du sens suite à mon parcours. Et si c’était ma mission de vie ?

Ça a chamboulé mon existence, balayé d’un revers mes croyances. Quelque part je suis reconnaissante. Je suis heureuse que ça ait transformé mon avenir. Je n’aurais jamais pensé à faire ce métier avant. 

Je suis ravie de clôturer ce chapitre avec vous.

Nous remercions Elia, cette jeune femme solaire et admirable d’avoir partagé son histoire avec nous et rejoins nos superbes Strong Women.

Un grand merci à Elia pour son courage et son témoignage. 

Texte par Delia Culioli 

Photographie par Marinella De Castro

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