Se battre pour la vie

Nous avons le plaisir de recevoir aujourd’hui Nohela.

Lorsqu’elle avait 3 ans et demi, elle a été victime d’un accident domestique qui aurait pu lui coûter la vie.

« J’ai vu de ma chambre mon père à l’extérieur verser du liquide dans le barbecue. Lorsqu’il avait le dos tourné, je suis allé dehors, et j’ai voulu faire la même chose. J’ai pris feu. »

À la clinique de Porto-Vecchio, on a annoncé à mes parents que mon pronostic vital était engagé. J’ai été transférée seule en hélicoptère à Marseille. Je m’en souviendrais toute ma vie. L’infirmier me tenait la main, ça m’a rassuré.

J’étais une grande brûlée. J’ai été 14 jours dans le coma.

«Je me souviens d’un jardin magnifique, je n’en avais jamais vu de si beaux. Les odeurs, les paysages, tout était merveilleux. J’étais seule, mais j’étais bien, apaisée. Je jouais. Pour moi, c’était le paradis.»

Puis j’ai entendu qu’on m‘appelait ; c’était la voix de ma mère. 

J’ai ouvert les yeux, et la première chose que j’ai dite est « Merci, mon Dieu, s’il te plaît, aide-moi. » Et voilà, j’étais revenue.

J’ai passé deux mois et demi en service de réanimation.

C’était très dur ; on ne pouvait pas me toucher, on était enfermé. J’étais avec d’autres enfants, qui étaient entrain de mourir.

Je me souviens que je regardais Mary Poppins tout le temps ; seule échappatoire. Je me souviens de deux infirmières formidables.

Tous les deux jours, pour les soins, on me faisait une anesthésie générale. J’étais bandée sur tout le corps et le visage.

J’avais une opération une fois par semaine, on prenait de la peau sur ma tête, on l’agrandissait en laboratoire, pour les greffer sur les parties les plus brulées de mon corps. Un jour, mon cœur a même failli s’arrêter. 

Ma poupée m’accompagnait tout le temps, je faisais comme si elle aussi allait subir les opérations et les soins. Elle vivait tout comme moi.

En tout, j’ai eu plus de 50 opérations d’une durée de 7 à 8 heures. La première a duré 10 heures.Ensuite, j’ai été 6 mois en chambre normale. J’ai dû réapprendre à marcher, c’était le plus difficile.

J’avais des copains que j’adorais ; malheureusement j’en ai vu beaucoup partir, surtout du cancer. Ils étaient là la veille, on était ensemble ; et le lendemain on apprenait qu’ils nous avaient quittés. C’était très difficile.

J’ai été par la suite en centre de rééducation à Toulon. Mon kiné était aveugle, il était extraordinaire.

Les soins eux, étaient terribles. Par exemple celui du gros jet d’eau sur les brulures.

Je suis ensuite revenu à Porto-Vecchio avec mes compressifs et mon masque, que je devais garder été comme hiver. À l’école, on se moquait de moi, j’étais le monstre. J’ai été rejeté. C’était un supplice.

Quand j’ai pu enlever mes compressifs, ce sont mes cicatrices qui étaient moquées.

Et pendant toutes les vacances scolaires, c’était le moment des opérations. Ça a duré 20 ans.

Au collège, ça allait mieux, j’ai eu des amis qui prenaient soin de moi, et me défendaient si quelqu’un osait rire de moi. Je ne voulais que personne ne me regarde, surtout pas les garçons.

Le lycée a été une libération.

Seulement l’année de mon Bac j’ai fait une embolie pulmonaire suite à une opération. J’ai perdu 10 kg en une semaine ; suite à ça, c’est devenu plus compliqué. Par exemple, je ne peux plus prendre d’hormone à vie. J’ai encore des séquelles, du mal à respirer.

Lors de la dernière opération, il y a peu, j’avais un mauvais pressentiment, je me suis endormie au bloc, angoissée, pas sereine et contrariée. 

Lorsque je me suis réveillé, j’avais terriblement mal aux côtes. Mais je ne me souvenais de rien. 

Mon chirurgien m’a alors annoncé que j’avais fait un arrêt cardiaque, et que j’avais été réanimé.

Il m’a dit que c’était le moment de cesser les opérations. 

J’ai réalisé qu’il était temps d’apprendre à m’accepter, avec mes cicatrices. Surtout sur les jambes, c’est mon plus gros complexe.

Je ne laisse aucun homme entrer dans ma vie, je suis froide.

Je crois que tant que je ne serais pas capable de m’accepter et m’aimer comme je suis, je ne pourrais pas laisser un homme le faire. 

J’adore complimenter les autres, mais je suis très dur avec moi-même. J’ai davantage peur de souffrir émotionnellement, plutôt que physiquement.

Je dois soigner mon enfant intérieur, celui qui n’a pas pu s’amuser comme il aurait dû.

Il y a quelques mois j’ai rencontré à la pharmacie où je travaille, une cliente super canon, magnifiquement habillée, avec un beau décolleté, grande brûlée comme moi. Elle était avec sa fille. 

J’ai compris que moi aussi, je pourrais avoir tout ça un jour ; il n’y a que moi qui me l’interdis. 

Elle m’a dit que j’étais belle, qu’il fallait que je m’accepte.  Je crois que Dieu ne me l’a pas envoyé pour rien cette femme.

J’aimerais qu’il y ait un groupe de paroles entre femmes. J’aime cette solidarité qui fait du bien mutuellement.

Mon message, c’est qu’on doit être fière de soi ; des épreuves surmontées que nous envoie la vie. 

Que l’on devrait élever nos enfants dans la bienveillance, afin qu’ils ne se moquent pas de leur voisin, mais plutôt, qu’il l’aide et le pousse à s’aimer et à aimer les autres.

Nous remercions Nohela, cette jeune femme pétillante et courageuse de partager son histoire avec nous.

Merci de rejoindre nos Strong Women.

Un grand merci à Nohela pour son courage et son témoignage. 

Texte par Delia Culioli 

Photographie par Marinella De Castro

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Femmes et guerrieres

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